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 Il était une fois...

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P30T
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MessageSujet: Re: Il était une fois...   Mer 06 Déc 2017, 12:31 pm

Chapitre trois : de Travnik à Belgrade via Palanka


Réveillé, douche prise, il se dirigea vers la salle commune pour son petit déjeuner. Il y rencontra un groupe de jeunes adultes qui se dirigeaient en touriste vers Belgrade à bord d'une fourgonnette qu'ils avaient louée. Moyennant une somme modique, ils acceptèrent de le prendre à leur bord et de s'arrêter à demande, eux-mêmes cherchant à voir un maximum de choses pour parfaire la fin de leurs études.
C'est avec beaucoup de regrets qu'il se sépara de son fidèle compagnon qu'il visita avant de partir pour vérifier s'il était bien traité et lui dire adieu à moins qu'au retour...

Pictor, originaire de Coire dans le canton des Grisons, célèbre pour ses viandes, était naturellement trilingue. Le romanche, l'italien et l'allemand n'avaient pas de secrets pour lui. Puis des études de lettres à l'université de Neuchâtel l'avaient familiarisé avec le français consolidé par un cursus de photographie à l'Ecole Supérieure de Photographie de Vevey puis à L'IPAC de Genève où il avait appris l'anglais.
Il put ainsi communiquer très facilement avec ces étudiants en fin de cursus. Doctorants de l'université de Heidelberg en sciences sociales, ils parcouraient l'Europe Centrale pour recueillir un maximum de données sur l'économie après la chute de l'empire communiste.
Les discussions à bâtons rompus animaient un voyage monotone vers Doboj sur l'européenne E73. Le seul intérêt était de suivre le cours de la Bosna encaissé par les forêts à flancs de montagne dans les Alpes dinariques.

A Vranduk, un incident apporta un peu de mouvement dans ce voyage. Une vulgaire crevaison au pied de la forteresse les obligea à s'arrêter.
Pendant que deux des garçons changeaient le pneu, deux autres cherchaient un garage pour réparer celui crevé. Les deux filles et Pictor profitèrent de ces instants pour visiter la forteresse dominant la vallée.
La montée était rude mais en valait la peine. Un vieux canon mobile tout rouillé monté sur un affût en bois muni de roues les accueillit en ouvrant sa gueule menaçante. N'eut été la présence de quelques garde-fous, les jeunes-filles eurent renâclé à poursuivre la visite parfois périlleuse, mais quelle vue sur la vallée et le village.
Un muezzin debout en direction de la Kaaba et du haut de son minaret tout en bois verni fit entendre son appel à la prière relayé par quelques puissants haut-parleurs. Respectueux des coutumes et traditions locales le petit groupe fit silence et attendit la fin de la prière, s'imprégnant de la majesté des lieux, puis redescendit vers son véhicule fin prêt à partir, le reste du groupe les attendant patiemment.

A Begeč, Pictor décida de prendre congé de ses compagnons de route pour suivre le cours du Danube jusqu'à Belgrade.

Il entama donc un genre de cabotage en utilisant la technique du bateau-stop. C'est comme de l'auto-stop mais avec des bateaux en guise de véhicule.
Il aimait s'enrichir au contact de ces âmes généreuses, toujours prêtes à rendre service en le transportant et le nourrissant au fil des jours, que ce soit avec quelque pitance ou spirituellement. Au fil des conversations, il engrangeait moult détails qui nourrissaient le projet qu'il s'était astreint à ne pas perdre de vue depuis son départ. Avant de quitter ses pénates, il avait décidé qu'à la fin de son périple, il publierait le récit de ses aventures dans un livre richement illustré par les différentes photographies qu'il pourrait faire jour après jour.
Aussi, il avait toujours pris le plus grand soin de ne jamais manquer de tirer le portrait de toutes les personnes qui avaient croisé son chemin. A tous ces inconnus, notre voyageur au long cours avait demandé de remplir une sorte de livre d'or. Ces écrits lui permettraient de se remémorer ultérieurement toutes ces rencontres fantastiques.

Après plusieurs sauts de puce sur le fleuve, le hasard voulu qu'il rencontra l'arrière arrière petit-fils du célèbre Serge Ladko, alias Ilia Busch, le fameux pilote du Danube personnage éponyme du roman "Le pilote du Danube" dont les aventures furent racontées en leur temps par M. Jules Verne.

C’était à Bačka Palanka, ville importante de Voïvodine située sur la rive gauche du Danube, connue pour ses nombreux sites archéologiques et pour abriter une partie du parc national de la Fruška gora devenu une zone importante pour la conservation des oiseaux, que l'idée de poursuivre le voyage en descendant le fleuve lui était venue. Il avait remarqué que nombreux étaient ceux qui utilisaient ce moyen de locomotion. Il avait alors peaufiné son idée à bord du van.

Homme déjà âgé, frôlant les quatre-vingt-dix ans, Goran Ladko était un homme de belle prestance qui ne faisait pas du tout son âge. Le regard fier et franc, il arborait le traditionnel przluk, gilet noir sur une chemise d'une blancheur immaculée, le pantalon bouffant resserré à la taille par une ceinture bleue en tissu, aux pieds les fameux opanke, chaussons à bouts relevés et sur la tête le chapeau de feutre vert. Une certaine énergie émanait de cet homme au sourire chaleureux qui éclairait un visage un peu dur et buriné par une vie passée en majeure partie sur les rives du fleuve. Veuf depuis une dizaine, d'années, ses enfants et petits-enfants dispersés, il vivait seul dans une petite maison bien entretenue et ne dédaignait pas de jouer les guides pour quelques euros, ce qui lui permettaient d'agrémenter son ordinaire. Il était d'ailleurs recherché pour cela et les nombreux amis qu'il s'était fait au long de sa vie bien remplie lui adressaient les touristes soucieux de mieux appréhender le pays et ce grand cours d'eau. Une nièce vivant à proximité venait deux à trois fois par semaine lui rendre visite apportant quelques friandises dont il raffolait, faisait quelques menus travaux de couture, lavage et repassage et venait s'enrichir intellectuellement au contact de ce vieil oncle aux conseils avisés.

Comme son illustre aïeul, il avait piloté de nombreuses embarcations sur les méandres du deuxième fleuve d'Europe et en connaissait toutes les humeurs. Prolixe et familier de la langue allemande, il était heureux de trouver un auditoire complaisant mais son sujet de conversation favori était l'histoire de son ancêtre sur lequel il avait réuni une abondante documentation.

Autour d'un café corsé, il commenta diverses illustrations et extraits de journaux, racontant ainsi les diverses péripéties qui avaient amené Serge Ladko à fréquenter les geôles de Semlin puis à s'en évader.
Le temps passa plus vite que Pictor ne l'avait souhaité et celui-ci accepta avec reconnaissance l'offre d'hébergement de son hôte pour la nuit.

Au lever du jour, notre infatigable voyageur décida d'aller explorer les alentours. Équipé de son reflex, il mitraillait tant et plus la nature qui se réveillait et offrait à son regard des paysages plus magnifiques les uns que les autres.
Les nappes de brumes à la teinte dorée par le soleil émergeant de l'horizon le ravissaient à chaque seconde et à chaque prise de vue.

Au détour d'un petit sentier, il découvrit une femme se baignant nue dans une étendue d'eau dont la surface parfaitement lisse était déformée seulement par les mouvements gracieux de cette magnifique naïade.
Après s'être approché le plus discrètement possible tout en saisissant avec son appareil photo ces instants incroyables, il put distinguer plus précisément les traits de la silhouette qu'il avait aperçue quelques dizaines de mètres auparavant.
Et là, stupeur ! Il reconnut la sylphide qui s'était baignée nue dans le lac de Crna Makia.

Pictor se dit que le hasard ne lui offrirait sans doute pas la chance de replacer cette femme à la beauté incroyable une nouvelle fois sur son chemin.
Il attendit qu'elle se rhabillât et se lança dans une approche discrète et élégante de la belle.

Après quelques phrases échangées et les présentations faites, il apprit qu'elle se prénommait Pixelle...

Le courant passait parfaitement entre eux et ils décidèrent de faire un bout de chemin ensemble.
Tout en devisant, Pictor découvrit que Pixelle et lui avaient de nombreux points communs. Elle aimait les découvertes, les voyages qu’elle pratiquait régulièrement, aidée en cela par un don inné pour les langues qu’elle maîtrisait parfaitement. D’origine russe par son père - elle était née à Omsk au bord de l’Irtych et y avait vécu jusqu’à l’âge adulte - et française par sa mère, elle parlait naturellement le russe et le français. Au cours de ses études adolescentes, elle avait appris l’anglais et l’allemand puis s’était spécialisée en tant qu’interprète dans l’italien qu’elle avait approfondi lors des fouilles archéologiques d’une citadelle avec des étudiants à Akerentia en Calabre. Elle pratiquait aussi la photographie qu’elle avait découverte après que son père lui eut offert un Zenit reflex TTL muni d’un bon objectif, l’Hélios 44M f/2 de 58mm mais dont les principaux défauts étaient le poids et une plage de vitesse restreinte de 1/30 à 1/500 de seconde. Grâce à des petits travaux rémunérés, elle l’avait ensuite remplacé par un Praktica MTL3 muni d’un bon Pentacon 50mm f/1.8, appareil qu’elle avait revendu pour s’offrir le PLC2 de la marque qu’elle possédait encore. Ensuite, un travail rémunérateur et la chute du communisme aidant, elle s’était offert le Pentax K-5 qui ne la quittait jamais.

Comme son intention était d’atteindre Belgrade, Pictor lui offrit de partager avec lui la descente sur le Danube à bord de l’embarcation de Goran ; devant rejoindre dans "la ville blanche" sa fille qui mariait son second fils, son hôte avait proposé de l’emmener. En revenant vers la maison de Goran Ladko, Pictor espérait bien qu’en voyant sa jolie compagne, l’ex-pilote du Danube ne ferait aucune difficulté à la prendre à son bord.

La grâce naturelle de Pixelle, l’ardente demande de Vixel alliée à la bonhomie de Goran dont les yeux pétillaient de malice, il avait déjà tout compris, levèrent toutes les difficultés et c’est un couple très heureux qui embarqua à la suite de son capitaine, seul maître à bord.

Peu d’incidents émaillèrent le trajet d’une cinquantaine de kilomètres jusqu’à Belgrade, le fleuve en cette saison était à son niveau le plus bas et se comportait calmement, les différents ouvrages d’art régulant son débit mais en contrepartie favorisaient les inondations comme en 2013. Goran n’eut guère besoin de montrer sa virtuosité de pilote sauf aux abords de la capitale où le trafic fluvial était dense.

Ils accostèrent sur la rive droite près de la confluence avec la Save où Anja, la fille de Ladko l’attendait. Les présentations faites, Anja, flattée de rencontrer un célèbre photographe, l’invita ainsi que Pixelle à la noce. Ce que les deux jeunes-gens acceptèrent avec plaisir.

L’hospitalité serbe n’était pas un vain mot, la famille d’Anja se mit en devoir de trouver deux chambres pour le repos des deux invités "surprise" et après quelques permutations et réaménagements, le problème fut réglé.

Lors du repas, Pictor décrivit son projet et raconta les diverses péripéties qui avaient jalonné le début de son voyage, puis ce fut au tour de Pixelle. Tout le monde sauf les principaux intéressés compris très vite que ces deux-là étaient faits l’un pour l’autre.
La noce n’ayant lieu que le surlendemain, chacun y alla de ses conseils pour la visite de la ville qui commencerait le lendemain matin. Bombardée deux fois, une fois en 1944 et l’autre en 1999, lors de la guerre du Kosovo, certains quartiers avaient été reconstruits, mais personne ne savait si l’immeuble qui avait abrité Bouvier et Vernet existait encore dans Saimichte. Il fut donc décidé que Pictor et Pixelle resteraient au moins une journée de plus à Belgrade pour se rendre sur place et peut-être y rencontrer des artistes qui avaient côtoyé les auteurs de "L’usage du Monde".

La soirée s’avançant, le repas terminé, la vaisselle nettoyée en commun dans la bonne humeur, tout ce petit monde regagna ses pénates ou plutôt les lieux de repos, la journée à venir s’annonçant chargée.

En cette saison, bien que l’hiver s’annonçât souvent très tôt, Belgrade était encore une ville matinale. Depuis six heures du matin la ville s’animait, les arroseuses municipales nettoyaient les diverses rues et artères, peu après les bistrots s’ouvraient et se remplissaient d’une foule bigarrée, les kiosques à journaux levaient les abattants et proposaient toutes les publications tant nationales qu’internationales, les bus, trolleybus et autres tramways bondés des travailleurs qui se rendaient en périphérie – Belgrade recèle plus de un million trois cent mille habitants intra-muros et dépasse en tant que district les un million six cent mille habitants, autant dire que la ville est dense – pour rejoindre les nombreuses entreprises ainsi que les installations portuaires, sans oublier le métro Beovoz utilisé par les employés des bureaux installés à Novi-Beograd dont la fréquence égalait celle de Paris, métro bientôt doublé par un réseau de métros légers, le BELAM. Bref, Pixelle et Pictor, les deux P ou PP comme s’était mise à les appeler la famille Ladko, avaient toute latitude et tous les moyens pour se déplacer. Ils avaient choisi de visiter la vieille ville le matin, de déjeuner dans la célèbre et typique kafana, la taverne « ? » rue Kralja Petra puis l’après-midi de découvrir la ville depuis la forteresse située dans le parc de Kalemegdan. En fonction du temps dont ils disposeraient, ils flâneraient au gré de leurs envies avant de retrouver Goran et sa famille.

Ils se rendirent d’abord au Majestic Hotel, l’endroit où Nicolas Bouvier rejoignit Thierry Vernet à minuit un soir de juillet 1953. Cet hôtel quatre étoiles avait dû beaucoup changer depuis l’époque où Thierry dessinait des citrouilles remplies de pépins sur les nappes pour « tuer le temps ».

Leur curiosité naturelle assouvie, ils allèrent vers la poste centrale située à un quart d’heure de là et classée dans la liste des monuments culturels serbes, puis prirent la direction du konak de la princesse Ljubica qu’ils visitèrent. Leurs pas les menèrent ensuite à la cathédrale orthodoxe Saint-Michel dont ils admirèrent l’iconostase. Puis, ils marchèrent jusqu’à la mosquée Bajrakli, seule mosquée de Belgrade et classée aussi comme monument d’importance culturelle. Ils terminèrent la promenade en se rendant à la kafada « ? » sise 6 rue Kralja Petra.

Ils déjeunèrent d’une chopska salata, suivie d’un Pljeskavica, un genre de hamburger à base d’agneau et de bœuf accompagné d’un excellent Negotinsko Vino. Ils terminèrent leur repas par une Baklava serbe.

Le ventre satisfait, il n’y avait rien de mieux pour digérer qu’une visite du parc Kalemegdan proche de la taverne. Il s’y dresse la tour du despote Stefan Lazarević partie intégrante de la forteresse de Belgrade ainsi que de nombreuses curiosités telles la tour de l’horloge, le turbe de Damad Ali-pacha, le Victor, l'église Ružica et l'église de la Sainte-Parascève etc.

L’après-midi passa ainsi très vite entre les temps consacrés aux photos avec les K-5 et le 645 qui fut naturellement de la fête - la vue sur le Danube, la Sava et la ville méritait la sortie du moyen format – les visites ainsi que les confidences de plus en plus tendres entre les deux tourtereaux. Ils décidèrent donc de ne pas prendre de transport en commun et de rentrer à pied pour le souper. La ville complice attendit la tombée de la nuit pour allumer ses feux, jetant sans avoir l'air de s'intéresser un voile pudique sur deux mains qui se tendaient l'une vers l'autre.

La matinée commencée très tôt à cinq heures, fut trépidante, appels téléphoniques entre le marié et son témoin, en effet dans le rite orthodoxe ce sont les témoins qui sont responsables d’un certain nombre d’accessoires nécessaires et obligatoires, préparation et toilettes des petits, recommandations aux uns et aux autres, habillage du futur marié. Pictor et Pixelle étant promus photographes officiels se partageaient, lui chez les Ladko, elle chez la promise. Puis tout le monde se rendit chez la mariée où un petit verre de rakija les attendait, ensuite un repas fut servi accompagné du son d’un petit orchestre de cuivres.

Enfin tous se dirigèrent vers l’église pour l’office des fiançailles dans le narthex que suivraient l’échange des alliances puis le rituel du couronnement et du vin, enfin la marche nuptiale autour de l’autel supportant la croix et l’évangile.

La mariée habillée d’une jolie robe blanche, un long voile répandu sur les épaules et attaché sur son chignon mettait en valeur sa silhouette élancée. Lui, grand, ressemblant à ces footballeurs serbes, en costume moderne, fait sur mesure, ne déparait pas. Les témoins très proches d’eux, ils le seraient encore plus lors de la cérémonie, étaient joyeux mais restaient anxieux, conscients de leurs responsabilités à venir pour un très long temps. Il faut savoir que dans la religion orthodoxe les témoins participent financièrement – achat des couronnes, de la carafe et du verre contenant le vin, du disque pour poser les couronnes, la carafe et le verre, de deux grandes bougies, de dragées et éventuellement de la décoration de l’église qui consiste en un simple voile dans l’allée centrale. En outre, les témoins sont d’office parrain ou marraine des futurs enfants.

L’échange des anneaux marquant les fiançailles se fit en trois fois selon un ordre bien établi sous l’œil aguerri du prêtre, puis les deux témoins les passèrent à l’annulaire de chacun des deux futurs mariés. Un chœur de chants les accompagna jusqu’à l’autel précédé du prêtre officiant. Ils y furent couronnés par les témoins, deux véritables couronnes, qui seraient ensuite gardées et exposées par le couple, les faisaient ainsi roi et reine de leur foyer. La lecture du Nouveau Testament suivi par le partage d’une coupe de vin marqua ce passage d’un état à un autre. La marche nuptiale, trois tours de l’autel avec embrassement de la croix tenue par le prêtre, symbolisa la plénitude et l’infini vers lequel le couple s’engage. La remise de l’icône choisie par les parents et bénie par l’officiant marqua la fin de la cérémonie religieuse uniquement accompagnée de chants orthodoxes.

Les félicitations d’usage terminées, l’assemblée familiale et les invités se dirigèrent vers la salle du repas de noce. A l’entrée du couple, l’orchestre commença à jouer pour ne s’arrêter que lorsque tous les invités seraient partis. Les danses commencèrent. Goran et une douzaine de personnes entamèrent une danse traditionnelle en cercle appelée kolo. C'est une danse collective, les danseurs se tiennent par les mains en formant un cercle, un demi-cercle ou une spirale, et en exécutant des pas de danse d'une rare complexité.

Il n’y eut pas de repas au sens occidental, mais une succession de plats où chacun venait librement prendre son assiette et retourner danser. C’était assez déroutant pour Pictor, beaucoup moins pour Pixelle. La fête dura jusqu'au petit matin, puis chacun épuisé alla prendre un repos bien mérité.

Comme il avait été prévu, les deux P prirent congé de leurs hôtes en leur faisant un petit cadeau et en laissant un très bel album à remettre aux mariés, cet album était rempli des photos que Pixel avait eu le temps de traiter et de tirer la veille au soir pendant les danses.
Ils partirent ainsi en direction de l’immeuble que Thierry Vernet avait occupé avec l’intention d’y séjourner quelques jours si c’était possible. C’est en chemin qu’ils échangèrent leur premier baiser en s’avouant leur amour.

L’ancien camp de concentration nazi de Sajmište, installé sur le site de la Foire internationale de 1937 se trouvait entre les bloks 15 et 20 de l’autre côté de la Sava, non loin du Konak de la princesse Ljubica, sur le boulevard Nikola Tesla. Le quartier était neuf, les anciennes bâtisses avaient disparu au profit d’un centre commercial moderne, d’un parc, de pavillons neufs et divers locaux commerciaux dont le moins visible n’était pas l’immeuble Samsung. Seuls subsistaient encore le bâtiment central et la tour de surveillance du camp ainsi que quelques bâtisses, certaines ravalées, d’autres décrépies. Mais lequel était celui qui les intéressait parmi ces vestiges ? Question restée sans réponse, car ils ne virent personnes pour les renseigner.
Un peu dépités mais s’y attendant cependant, PP prirent contact téléphoniquement avec l’ULUS, l’association des peintres de Serbie qui avait accueilli Thierry Vernet à son arrivée. Rendez-vous établi, ils retraversèrent le pont de la Sava et allèrent retrouver leur contact, le peintre Slobodan Jevtić dit Slobo, qui revenait de son atelier auvergnat.

Peintre renommé dans son pays, ainsi qu’en France et à l’étranger, le peintre Slobo, figure ronde à la barbe grise bien taillée, est un homme d’abord facile et jovial, passionné par son métier et les sciences. Ils parlèrent longuement peinture et du séjour des deux amis à Belgrade en 1953. Il ne savait plus si l’immeuble subsistait encore, mais il se renseignerait auprès de ses amis belgradois et auprès de Milan Marinković de l’ULUS. Il s’étendit longuement sur la situation des arts en Serbie, sur le rôle actif du Centre Culturel Serbe de Paris, puis s’étant enquis de leur projet, Slobo Jevtić leur proposa le petit studio qu’il occupait, des amis proches lui ayant proposé de l’accueillir.

Visite, puis accord fait moyennant une somme modeste, les deux tourtereaux prirent possession des lieux

Dans leurs yeux brillaient une lueur gourmande, une passion inassouvie qui, une fois seuls, allait pouvoir s’exprimer. Leurs lèvres se rapprochèrent, leurs mains caressantes se cherchaient, se dénouaient, les deux bouches échangèrent de longs baisers. Pictor déboutonna le chemisier de Pixelle, puis dégrafa le soutien-gorge, libérant les seins fermes aux tétons durcis par le désir. Pictor n’y résista pas et couvrit de baisers cette belle poitrine, puis il fit glisser le pantalon et le slip de sa belle découvrant son intimité. Elle, sans plus attendre, le déshabilla permettant ainsi au sexe de son amant de se dresser fièrement et, souriante, elle y déposa un léger baiser, puis chacun d’eux caressa l’autre dans ce qu’il avait de plus secret. Les langues se mêlèrent, les corps s’épousèrent. Pixelle s’ouvrit et guida le sexe durci. Pictor la prit doucement et en lents mouvements l’amena tendrement vers le plaisir partagé. Repus, les deux jeunes-gens restèrent ainsi étroitement mêlés, la respiration haletante, les yeux dans les yeux, sans échanger de parole.
Puis, ils se levèrent et nus se préparèrent une solide collation, l’amour ayant aiguisé aussi leur appétit.

Les corps apaisés, ils préparèrent la journée du lendemain et relurent le chapitre "Une odeur de melon" tout en discutant : allaient-ils rester un peu plus longtemps à Belgrade ou repartiraient-ils aussitôt sur les traces des deux voyageurs ? Ils remirent la décision au lendemain, notèrent quelques idées, pointèrent des endroits sur la carte, puis ils se dirigèrent vers le lit.

Pixelle prit l’initiative, elle emprisonna le pénis flasque de Pictor dans sa main et le caressa doucement, la réaction ne se fit pas attendre, il se redressa rapidement en une ardente érection. Emoustillé, Pictor caressa les fesses de sa partenaire, puis l’intérieur de ses cuisses, remontant lentement vers la cavité secrète qu’il explora d’un doigt inquisiteur. Pendant ce temps sa bouche suçota les pointes des seins avant de redescendre vers le bas-ventre de Pixelle. Celle-ci, dont la respiration s’accélérait, couvrait de baisers le corps de son amant sans cesser de le caresser, descendant elle aussi vers les parties plus intimes. Les bouches gourmandes atteignirent leurs objectifs, s’attardèrent, s’interrompirent, recommencèrent, augmentant la tension et le plaisir. Comprenant à d’infimes petits signes que l’explosion ne tarderait pas, ils se redressèrent pour que Pictor puisse la pénétrer. Et en de tendres et doux va et vient, il l’amena plusieurs fois au plaisir avant de se fondre tous les deux dans un orgasme partagé.

Ils se réveillèrent frais et reposés, prirent une douche ensemble, se régalèrent de fruits, café et quelques pâtisseries et s’habillèrent pour rejoindre Slobo.

Celui-ci les attendait attablé devant une Ruski kvas au Meduza Kafe à Beograd. Ils se firent servirent la même. Slobo leur apprit qu’un petit groupe d’artistes vivant à Sajmište s’efforçait d’entretenir le quartier mais que ceux-ci étaient absents actuellement, il n’en savait pas plus. Nos PP décidèrent donc de poursuivre leur voyage et remirent les clés du studio à Slobo en le remerciant chaleureusement de son amabilité.



Dernière édition par P30T le Mar 12 Déc 2017, 7:09 pm, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Il était une fois...   Sam 09 Déc 2017, 6:30 pm


Chapitre quatre : Belgrade - Kraguiévač - Prilep


A deux, plus proche ainsi des conditions de voyage de Thierry et Nicolas, Pictor se sentait plus fort et plus joyeux…


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MessageSujet: Re: Il était une fois...   Mar 12 Déc 2017, 4:15 pm

Phrases en double dans le post précédent...
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MessageSujet: Re: Il était une fois...   Mar 12 Déc 2017, 6:52 pm

Exact, je corrige...

Je m'y étais remis plusieurs fois corrigeant et raturant le premier jet mais j'avais oublié d'effacer les anciens paragraphes.
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MessageSujet: Re: Il était une fois...   

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